Je ne suis pas du genre à croire à la destinée, je crois plutôt aux circonstances, je ne suis pas du genre non plus à agir sur le monde, je préfère répondre aux sollicitations de celui ci.

À 14 ans, j'ai déjà lu Krishnamurti. Je me retrouve dans une situation étrange presque étrangère à moi-même. Ma scolarité est une suite d'échecs, je rate ma 6éme que je redouble, je n'irai jamais en 5e, on choisira pour moi de me faire faire un CAP et puis un BEP. À 14 ans donc, je suis en CAP à Bergerac, à cette époque la seule chose qui m'intéresse, c'est la musique et danser, lire Krishnamurti, les comics Marvel et les romans de science-fiction. Je me sens comme un extraterrestre dans ce monde où les autres adolescents se comportent  avec moi comme si j'étais un monstre.

Les circonstances toujours elles et non la destinée, vont m'amener à approfondir l'œuvre musicale d'un artiste, David Bowie. Une tache de peinture argentée sur la face B du 45-tours Ashes to Ashes, la frustration de ne pas pouvoir entendre cette fameuse face B en entier... Je m'identifierais  parfaitement aux nombreux personnages que David incarnera tout le long de sa carrière. Moi, le monstre, je trouve en Scary Monsters mon album fétiche et en David, un père spirituel qui va m'inspirer tout le restant de la vie. Bien sûr il y en aura d'autrres, les Pink Floyd, Lou Reed, Iggy Pop, Les Têtes Raides, Brian Eno, Philip Glass et bien d'autres musiques et musiciens. Après tout ne suis pas un danseur. Mais chaque fois que  je suis perdu ou que l'inspiration me manque, je reviens inlassablement à son œuvre. Il y a quelque chose dans la voix de ce chanteur, dans sa manière de faire de la musique qui entre directement en résonance avec ma sensibilité. Il est le seul à me faire ça... en tous cas à ce point. Je suppose que c'est de l'amour, ce n'est pas du fétichisme. Je ne suis pas un fan, d'ailleurs je n'aime pas les fans ou plutôt je ne les comprends pas. Je ne veux pas ressembler à David Bowie, j'ai moi-même des choses à dire en tant qu'artiste. C'est plutôt un compagnon de route et maintenant qu'il est mort, car il est bien mort, je vais poursuivre la route sans lui mais avec son œuvre en filigrane. Je me souviens de moi adolescent, hypersensible mal compris, mal aimé, parfois même détesté par les autres ados de mon lycée. Il m'appelait Bowie le pd, je savais que c'était une insulte, je ne savais pas pourquoi ou plutôt je ne comprenais pas.

Qu'un homme aime un autre homme, la belle affaire. On aime qui on peut, cela non plus on ne le choisit pas.

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