Le Piège à loup

/ Sophie Perez et Xavier Boussiron

a partir de "L'été 68" de Léo Ferré / (1969) 

Avec : Stéphane Roger

Conception : Sophie Perez et Xavier Boussiron

Textes : Sophie Perez, Xavier Boussiron

Scénographie : Sophie Perez et Xavier Boussiron

Costumes : Sophie Perez et Corine Petitpierre

Musique : Xavier Boussiron

Régie Plateau : Adrien Castillo

Philippe Lebruman ©

«Papa n’est pas content, Papa va tirer.»

C’est ainsi que Léo Ferré s’adressait à sa guenon Pépée, le jour où elle avait capturé un bébé dans une poussette, et l’avait brandi au-dessus du vide perchée sur la tour du château des Ferré.

Et puis, il y a eu l’installation dans un manoir austère et perdu dans une forêt du Lot.

Et puis, il y a eu d’autres animaux, une cinquantaine, qui circulaient et chiaient librement partout la château.

Et puis, la femme du chanteur mourait à petit feu entre l’alcool et la dépression.

Et puis, Pépée était devenue une enfant chimpanzé tyran.

Et puis, la sublime déraison s’installa définitivement.

Et puis, Mathilde dit au chasseur de tuer Pépée et tous les animaux.

Et puis, Léo Ferré rentra dans sa maison et tous les animaux gisaient mort.

Et puis, Léo Ferré fit la chanson Pépée.

Il parait que t’avais les mains comme des raquettes, Pépée ?

Mais quand je te faisais les ongles, je voyais des fleurs dans ta barbiche.

 

Tout ça, d’après Léo Ferré, bien sûr. Et Tina est assez d’accord.

Historiquement parlant, les animaux étaient là bien avant les êtres humains.

Que faire de cette antériorité ? Quelque part, on a une dette vis-à-vis d’eux et de leur manière de nous avoir préparéle terrain.

Si l’on veut être caricatural, on dira d’une bête que c’est soit de l’affection facile, soit de la terreur, soit de la bouffe. Mais surtout, c’est autre chose.

«Le piège à loup (version collector mélomane)» est une fable-performance entre Daktari et Jean de La Fontaine. Mais ici, l’animal n’ est ni blessé, ni hâbleur ; il est carrément mort. Alors que reste-t-il à dompter, au juste ? La chose.

Le dompteur-mélomane ne voit pas qu’il est mort, il ne sent pas qu’il est mort, mais il le sait très bien.

Il montre à tous son savoir-faire pour se l’expliquer à lui-même.

Ce qui le ramène à fouetter les mythes, à grands coups et au hasard : le souvenir, la conjuration du sacrifice, les bouts de bon sens agglutinés dans la dépression, les romances rabâchées, des restes de rigolade et du disco…

Le dompteur est dans le même état d’esprit que Dieu les jours précédants la Création ; à se demander ce qu’il pourrait bien foutre avec seulement le Rien comme matière première.

Foutons la paix à Dieu et aux animaux. La gueule posée dans la pâtée, la mort n’obéit pas.

Et le public a beau rire, je ne plaisante pas.

SOPHIE PEREZ ET XAVIER BOUSSIRON / LE ZEREP

«Le théâtre (ou l’art) n’est ni une partie de plaisir, ni un divertissement moderne, mais bizarrement il peut le devenir même si c’est généralement assez miraculeux. Tout miracle étant caractérisé par le fait que certains y croient et que d’autres, non. Nous pensons, au sein de la compagnie du Zerep, et ce depuis une dizaine d’années, que le théâtre s’épuise s’il n’est qu’une catégorie culturelle ankylosée par son histoire, juste une idée bonne à être examinée comme un animal ancien qui baigne dans le formol. C’ est pour cela que nous tentons à chaque fois de lui donner une chance supplémentaire, afin qu’il reste toujours en contact avec le geste artistique, pour qu’il soit impur et authentique.»

 

Après l’adaptation d’une méthode pour apprendre à nager sans eau (Mais où est donc passée Esther Williams ? -1998), l’exploration des lieux nocturnes à tendance exotique où l’on s’égare pour danser avec Marie-France en gueststar platine et chantante (Détail sur la marche arrière - 2000), une sorte de conférence à propos des obsessions nerveuses, où l’inconscient s’incarne sans détours sous forme de 400 kilos de pâte-slim sanguinolente s’effondrant des cintres (Leutti - 2001), viendront Le coup du cric andalou, en 2003, (pièce pour en finir avec le cabaret simplement sous-titrée du Néant à l’incroyable et de l’incroyable au Néant), Enjambe Charles, en 2006, (où l’on tente de résoudre l’équation : Charles Aznavour + la poterie = Louise Bourgeois), Bartabasse Tabasse , en 2009 (reconstitution historique — avec spectacle équestre — de la destruction des bureaux de la Drac île-de-France par Bartabas).

Quelques auteurs littéraires ont aussi été visités : parfois regardés de travers, comme Alfred de Musset avec Laisse les gondoles à Venise (d’après Lorenzaccio de De Musset), en 2005 , et parfois admirés, comme Witold Gombrowicz, (dans Gombrowiczshow - 2008 - qui dresse une fresque scénique autour de l’écrivain polonais à partir de son roman Les Envoutés).

En 2010, Deux masques et la plume dresse les autoportraits de Sophie Lenoir et Stéphane Roger, acteurs-piliers du Zerep ; ils proposent chacun un solo (Sophie Lenoir y biaise les notions d’intimité et de vérité ; et Stéphane Roger s’appuie sur Macbeth pour une critique du paradoxe chère à Diderot). En 2011 au Festival d’Avignon ils présentent la pièce Oncle Gourdin, à mi-chemin entre du grand-guignol, du documentaire anthropologique, de l’heroïc-fantasy, du psychodrame, de la pensée critique et de la vérité. Prélude à l’agonie, création 2013, est une pièce carnavalesque et mélancolique qui croise le western comme genre et le théâtre français de la fin du 19ème siècle à travers Georges Courteline.

Dans Biopigs, création de 2015, pas de personnage en quête d’auteur mais une avalanche de fins en quête d’histoires; et Ludwig II de Bavière, Peggy Guggenheim et Sammy Davis Junior, ces personnages porteurs d’histoire en puissance, nous préviennent combien il est fondamental de ne jamais se faire distancer par sa propre enfance si on ne pas finir comme un adulte ordinaire. Biopigs marque l’arrivée d’une nouvelle venue parmi les acteurs du Zerep : Erge Yu,danseuse chinoise aussi troublante que prodige (découverte lors de la création Les sabots de sapin réalisée par Perez et Boussiron avec les étudiants-danseurs du CDDC de Toulouse, en 2014).

En 2017, avec Babarman, mon royaume pour un cirque, ils créent leur première pièce jeune public. Les Chauves souris du volcan  (pièce chorégraphique) et Purge, Baby, Purge (adapation de On Purge Bébé de Feydeaux) sont crées simultanément fin 2018.

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