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COVER-CONCERT /
 

Pour DISCOTAKE, nous favorisons l'inédit même en matière de concert. Ainsi dans le respect de l'essence de ce festival nous avons pris l'habitude de demander à des groupes dont nous nous sentons proches, de venir jouer uniquement pour l'occasion l'intégralité d'un album choisi par leur soin. Pour cette édition donc :

 THE LIMINANAS JOUENT "SONGS THE LORD TAUGHT US" DE THE CRAMPS (1980) /)

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Les Cramps, encore aujourd’hui, sont la référence dont nous aurons éternellement  besoin. Expliquons-nous…

Le groupe s'est formé au milieu des années 70 lorsque le chanteur Lux Interior (né Erick Lee Purkhiser) rencontrait le guitariste Poison Ivy Rorschach (alors Kristy Marlana Wallace) à la Sacramento State University. Les deux tombèrent amoureux l’un de l’autre, déménagèrent à New York et formèrent ce qui allait devenir l'un des groupes de rock les plus influents et les plus durables de tous les temps, tutoyant toujours les sommets jusqu'à la mort prématurée de Lux en 2009.

L’esthétique léopard dont ils usèrent de façon permanente a même constitué la base d'un nouveau genre rock : le psychobilly.

Songs the Lord Taught Us a émergé d'un nuage toxique de malaise de la fin des années 70 et de méfiance envers les normes gouvernementales chéries, pas si différentes de la dimension biaisée dans laquelle nous évoluons encore aujourd’hui.

Le son plein de sensations fortes et sans fioritures de ce quatuor déjanté puise ses racines dans le punk et le rockabilly. Les Cramps regardaient en arrière avec affection les premiers rock'n'roll influencés par le blues, le filtrant à travers des obsessions uniques telles que les Creepshows, la panique des délinquants juvéniles, le Sleaze de Times Square et la théâtralité punk. Le résultat est une musique à la hauteur des pires avertissements de chaque réprimande des années 1950 dont Elvis par exemple n'avait jamais tiré partie.

Les Cramps ont beaucoup usé du contraste entre les bouffonneries dérangées et en sueur de Lux et le personnage de dominatrice glaciale de Poison Ivy, une dynamique qui donne à Songs the Lord Taught Us sa forte dominante érotique. Pendant que son mari se tordait sur scène dans un pantalon en cuir, elle se penchait en arrière comme une parfaite mauvaise fille, machant goulument son chewing-gum et donnant le rythme. Son son de guitare est chaud et clair, son jeu métronomique; c'est le condensateur de flux rock 'n' roll qui rend possible la marque de voyage dans le temps des Cramps. La guitare revitalisée de Bryan Gregory se mêle à celle d'Ivy pour créer un son à la fois nostalgique, moderne et infiniment cool - aucune basse n'est requise.

La batterie grondante de Nick Knox ouvre sur TV Set, une ode légère à un tueur en série sur des morceaux charnus de la guitare surf de Poison Ivy. Rock on the Moon est un morceau dynamisé par les jappements de bétail de Lux.

Garbageman arrive comme la déclaration d'intention du groupe. Les effets sonores loufoques des moteurs qui tournent et du verre brisé adoucissent les attaques de guitare brutales qui sonnent finalement plus Manchester que Memphis, avant que le refrain beuglé n'énonce la philosophie du groupe dans le twang breveté de Lux. Tout le blues fanfaron y apporte une dimension incroyable. Lux livre ensuite son talent pour l'histrionique I Was a Teenage Werewolf, un morceau extrêmement agréable et vindicatif.

Au moment où le cover Sunglasses After Dark mélange deux reprises (versions originales  de Dwight Pullen et Link Wray), vous avez l'impression d'avoir avalé un bout de clair de lune et d'être allé vous torcher en ville sur un vélo volé. Lux déchaîne un torrent de langues saoules sur le pur rockabilly The Mad Daddy et bien que Mystery Plane et Zombie Dance ne réinventent pas le fil à couper le beurre, ils continuent la fête jusqu'à ce que What's Behind the Mask présente un slither-and-shake hyper séduisant. La version époustouflante de Strychnine des Sonics laisse une gueule de bois indélébile avant que I'm Cramped ne rebondisse sur les toms de Knox comme une tige chaude sur de mauvais chocs.

Enfin, la légende arrive : Tear It Up. La chanson est du pur rock'n'roll réduit à son essence de cliquetis. Poison Ivy établit une promenade de blues punitive, s'accélérant alors qu'un Lux fou s'efforce de suivre le rythme, baragouinant "Allez, petite maman, détruisons ce putain d'endroit" encore et encore jusqu'à ce que les mots perdent tout leur sens.

Enfin, Lux met sa sexualité de bombe atomique à couver pour une reprise haletante du tube lounge Fever popularisé par Peggy Lee. C'est une bravoure qui ouvre la norme d'origine pour révéler la pulpe battante du danger à l'intérieur. Pris dans leur ensemble, Songs the Lord Taught Us n'évoque rien de plus que les conséquences d'une fête sauvage à la maison, alors que les canons familiers du rock sont renversés pour devenir fascinants et étranges.

Lux Interior et le groupe d'inadaptés de Poison Ivy créèrent la musique parfaite pour l’époque, non seulement parce qu'elle est incroyablement ludique - n'importe quel groupe peut en dire autant. Non, c'est leur étreinte de la délinquance qui fait des Cramps,  a bande-son parfaite afin de  lutter contre cette période  alarmante et sombre  de l'histoire. C'est ce côté punk de la rébellion derrière l'Americana déformée qui fait que Songs the Lord Taught Us donne un goût de strychnine sucrée.

Après tout, si nous devions encore faire face à un cauchemar, autant le vivre avec le groupe le plus effrayant de tous les temps.

 

Cult Critic (traduction Renaud Cojo)

Samedi 26 Juin / 20:30

Tarif unique  : 15 € 

1ére Partie : Eliott Manceau

Reservation Discotake

Reservation FNAC

THE LIMINANAS

 

Placer la petite ville de Cabestany (66) sur la mappemonde du rock pourrait relever d’un défi aussi grand que de retrouver un médiator égaré au beau milieu du Hellfest. Et pourtant, depuis la création de The Limiñanas en 2009, Marie et Lionel ont fait du « secret-le-mieux-gardé-du-rock-français » une marque de fabrique reconnue sur la scène internationale, un label-qualité nourri aussi bien aux guitares fuzz qu’à la longanisse (longue saucisse pimentée), un duo iconique aux collaborations prestigieuses et hétéroclites, de l’inclassable catalan Pascal Comelade au déjanté Anton Newcombe du Brian Jonestown Massacre, en passant par le DJ et producteur Laurent Garnier ou les légendes Peter Hook (Joy Division / New Order) et Iggy Pop pour ne citer qu’eux. Le cheminement de The Limiñanas n’a rien d’ordinaire. Héros d’un psyché garage français, révélés par les labels rock de Chicago, les deux quinquagénaires ont découvert le succès sur le tard, après plus d’une quarantaine d’années dévouées à la musique.

Ce mélange de pop française entre Ronnie Bird et Jacques Dutronc, bercé aux BO d’Ennio Morricone et au garage sixties américain séduit jusqu’à se retrouver à plusieurs reprises dans la série Gossip Girl, qui fait exploser au passage les compteurs de leur page Myspace. En France, c’est grâce à leur ami de longue date Pascal Comelade que le couple se fait remarquer par le label Because Music (Manu Chao, Catherine Ringer, Christine & the Queens). Maison de disques historique du multi-instrumentiste catalan, ils y réalisent en 2015 « le traité de guitarres triolectiques (à l’usage des portugaises ensablées) » une ode au rock primitif, instrumental et expérimental (non dénué d’humour) qu’ils partagent tous les trois. L’année suivante, ils publient leur 4ème album et tout premier opus chez Because Music « Malamore ». Déjà acclamé par Primal Scream, Franz Ferdinand ou Jack White, le bassiste historique de Joy Division Peter Hook adoube les Perpignanais en jouant sur le morceau « Garden of Love ». Parmi leurs nouveaux admirateurs, une rencontre déterminante va accélérer leur improbable carrière. Anton Newcombe, fantasque leader de The Brian Jonestown Massacre a déménagé de sa psychédélique Californie pour s’installer à Berlin. Un jour il envoie un tweet à ce groupe français dont il s’est fraichement entiché : «We should be friends, I want to record with you». Le souhait sera exaucé puisque c’est dans son antre allemand que le musicien convie Marie et Lionel pour enregistrer un premier titre : « Istanbul is Sleepy ». Le début d’une féconde collaboration puisque que The Limiñanas finiront leur disque Shadow People à Berlin avec dans leurs bagages une quinzaine de démos et des featurings prometteurs avec Emmanuelle Seigner, Bertrand Belin et Peter Hook venu rejouer pour l’occasion. Ce cinquième et puissant album leur ouvre les portes du succès, ils décrochent leurs premières couvertures de magazines et de journaux nationaux. En France et en Europe, les tournées s’étoffent. A partir de 2018, les projets se multiplient. Lionel compose la musique du film « Le Bel été » de Pierre Creton où il invite Etienne Daho le temps d’un morceau « One Blood Circle ». Le label Because Music, après avoir ressorti leurs trois premiers albums, sous le nom Down Underground LP’s 2009 / 2014, continue de rééditer des raretés et bijoux oubliés avec le second volet de I’ve Got Trouble in Mind vol 2 (rare stuff 2015/2018). La coopération avec Anton Newcombe continue l’année suivante avec un super band baptisé L’Epée. Accompagné par Emmanuelle Seigner, le combo invoque un Velvet Underground fiévreux et hypnotique, chacun incarnant un point cardinal de cette arme aussi glorieuse que leur son : le pommeau pour le savant Newcombe (production), les quillons pour Marie (batterie) et Lionel (auteur-compositeur guitariste) et la pointe pour Seigner (chant), à l'origine de cette odyssée. Après avoir tourné sur les routes de France avec ce quatuor inédit et concocté deux B.O. (la première pour Ballad of Linda, documentaire diffusé sur Arte consacré à l'actrice de Gorge profonde, Linda Lovelace, et la seconde pour une docu-série de Netflix, sur Billy Milligan, un criminel arrêté en 1977 aux Etats-Unis) The Limiñanas sont mis au repos forcé avec l’arrivée du Covid. Heureusement, l’été 2020 voit le déconfinement danser au son d’un nouveau single lâché comme un churro dans l’huile bouillante. Calentita est une histoire de drague à l’ancienne digne de « L’aventure c’est l’aventure » de Lelouch, dans laquelle la chanteuse Nuria énumère lascivement une sélection de spécialités (culinaires) catalanes. Malgré plusieurs mises sous cloche dues à la pandémie, une étonnante collaboration éclot en 2021. Déjà auteur d’un remix pour le single « Dimanche » (issu de l’album Shadow People) le Dj et producteur Laurent Garnier était tombé sous le charme de Lionel et Marie lors de leur premier passage en 2017 au Yeah Festival à Lourmarin (événement qu’il co-organise depuis sa création). Quatre ans plus tard, le pionnier de la scène électronique française et le duo garage signent De Pelicula, un disque en forme de ballade sauvage et cinématique sous perfusion de transe supersonique. Un Melody Nelson qui aurait troqué le rococo par l’aridité occitane et les cordes orchestrales par le Krautrock. Une idée venue lorsque Marie, Lionel et leur fils avaient été invité en Floride chez l’idole de toujours, Iggy Pop. Conviés pour participer à son émission radio, The Limiñanas avaient maquetté avec le leader des Stooges un morceau intitulé «Little French Witch » qui racontait l’histoire d’une prostituée faisant écho à l’un des personnages de De Pelicula. La rencontre avait failli déboucher sur quelques titres en commun mais le confinement reporta cette fusion rêvée. Si The Limiñanas aiment scénariser chacun de leurs albums, leur discographie ressemble à un roadtrip au sillon creusé patiemment, à coups de fûts explosifs par Marie et d’inlassables accords de guitares par Lionel, deux adolescents perpignanais jetés dans le rock des punks, des mods et des skins à la frontière espagnole où la chaleur n’a d’égal que leur sulfureuse musique. Voici donc un florilège rutilant de 35 titres pour plus de 20 ans de carrière, le cheminement d’un groupe prompt à faire feu de toutes rencontres. Parmi les dizaines d’artistes, de musiciens et d’amis intervenus en studio ou sur scène, nous retrouvons ici tous ceux qui ont gravité autour de la galaxie occitane de The Liminanas : Pascal Comelade, Peter Hook, Anton Newcombe, Emmanuelle Seigner, Bertrand Belin, Etienne Daho, Laurent Garnier et même un ‘nouveau’ venu : Areski Belkacem. Considéré par certains comme l’un des plus grands compositeurs vivants de la chanson française, l’association entre le chanteur et le duo sonne comme une évidence. Faire beaucoup avec peu de moyens, un précepte DIY que ce défricheur a tenu comme leitmotiv lorsqu’il dynamitait les codes du genre avec sa comparse Brigitte Fontaine dans les années 70. Cinquante ans plus tard, la voix rocailleuse d’Areski donne à nouveaux ses lettres de noblesses à cette musique rebelle et indomptable que retrace cette toute première anthologie « Electrified ». Attention, en définissant les déflagrations de Marie et Lionel, Iggy Pop avait prévenu : « This shit rocks. »

 

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